OK. Je me suis levĂ© un jour la semaine passĂ©e et je me suis dit : «Mais que se passe-t-il dans le corps humain quand on arrĂȘte de consommer du cannabis?» Oui, il y a un prix Ă  payer quand on consomme. Personnellement, j’ai appris que lorsque je consomme, je dois renoncer Ă  quelque chose de trĂšs important. Je vous en reparle dans la conclusion


Alors Luc, est-ce le temps de rĂ©initialiser ton corps? 

Est-ce le temps non pas d’un reset mais de ce que j’appelle affectueusement un freeset? 

Oui, est-ce le temps de faire une pause? Je me permets de partager ces rĂ©flexions parce qu’on est entre nous. Si vous avez Ă©coutĂ© un seul Ă©pisode de toPot, vous savez que je ne suis pas vraiment contre le cannabis. Pas du tout en fait. Est-ce une raison pour arrĂȘter de se poser des questions? Ben non. Donc, je me suis dit :

  1. Que se passe-t-il dans mon corps quand j’arrĂȘte de consommer?
  2. Est-ce le temps de faire une pause comme j’en fais rĂ©guliĂšrement depuis que j’ai consommĂ© Ă  consommer il y a 40 ans?
  3. Est-ce que les rĂ©cepteurs du SEC sont comme nettoyĂ©s par une abstinence suffisante? 

Et trĂšs rapidement, je me suis trouvĂ© une vraie excuse pour reporter ma pause. Mon excuse? 

Bonne Ă©coute! 😉

# 115 Que se passe-t-il quand on arrĂȘte le cannabis?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous ĂȘtes sur les ondes de ToPot
 votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc PrĂ©vost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accĂ©lĂ©ré )

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre mĂ©decin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste prĂ©fĂ©rĂ©, le lĂ©gislateur, votre dĂ©putĂ© ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liĂ©e Ă  toPot, de quelque maniĂšre que ce soit, ne peut ĂȘtre responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Segment 0 h

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Oh que j’ai vĂ©cu un beau retour au potcast avec l’épisode prĂ©cĂ©dent, le 114e de toPot. L’épisode de la semaine passĂ©e, le premier depuis mon retour de vacances, a Ă©tĂ© beaucoup partagĂ© et apprĂ©ciĂ©. Un gros merci Ă  toute la communautĂ© pour l’aide et l’accueil. Des fois, au dĂ©tour de ma veille sur les rĂ©seaux sociaux, je dĂ©couvre des gens qui apprĂ©cient mon travail et qui le partagent. Ahhhhm c’est toujours prĂ©cieux, trĂšs prĂ©cieux. 

Beaucoup de gens se sont aussi abonnĂ©s Ă  bonstock. quebec. WWW.bonstock.quebec est un magazine en ligne sur le Cannabis. Le lancement officiel est dans quelques jours. Pour ne rien rater, vous pouvez vous abonner Ă  l’infolettre Bon Stock en vous rendant sur www.bonstock.quĂ©bec. Vous ne serez pas seul. Il y a des membres connus de l’industrie et de simples consommateurs. Il y a une seule condition pour s’inscrire gratuitement
 Il faut aimer le cannabis. 

OK. Je me suis levĂ© un jour la semaine passĂ©e et je me suis dit : 

Mais que se passe-t-il dans le corps humain quand on arrĂȘte de consommer du cannabis?

Oui, il y a un prix à payer quand on consomme. Personnellement, j’ai appris que lorsque je consomme, je dois renoncer à quelque chose de trùs important. Je vous en reparle dans la conclusion


Alors Luc, est-ce le temps de rĂ©initialiser ton corps? 

Est-ce le temps non pas d’un reset mais de ce que j’appelle affectueusement un freeset? 

Oui, est-ce le temps de faire une pause? Je me permets de partager ces rĂ©flexions parce qu’on est entre nous. Si vous avez Ă©coutĂ© un seul Ă©pisode de toPot, vous savez que je ne suis pas vraiment contre le cannabis. Pas du tout en fait. Est-ce une raison pour arrĂȘter de se poser des questions? Ben non. Donc, je me suis dit :

  1. Que se passe-t-il dans mon corps quand j’arrĂȘte de consommer?
  2. Est-ce le temps de faire une pause comme j’en fais rĂ©guliĂšrement depuis que j’ai consommĂ© Ă  consommer il y a 40 ans?
  3. Est-ce que les rĂ©cepteurs du SEC sont comme nettoyĂ©s par une abstinence suffisante? 

Et trĂšs rapidement, je me suis trouvĂ© une vraie excuse pour reporter ma pause. Mon excuse? En descendant les marches du patio dans ma cour pour enterrer mon chat qui venait d’ĂȘtre euthanasiĂ© pour cause de leucĂ©mie, j’ai glissĂ© dans l’escalier. J’avais la main sur le garde-personne heureusement. Mais l’angle de mon bras Ă©tait mauvais et mon Ă©paule s’est disloquĂ©e. Et j’ai amorti ma chute dans la dislocation en arrachant tout au passage. C’était la premiĂšre fois que cela m’arrivait. Un choc vagal en plus, juste pour bien marquer l’occasion. AprĂšs 2-3 jours oĂč mon Ă©paule Ă©tait comme un bloc de bĂ©ton, j’ai regagnĂ© presque toute la mobilitĂ© perdue, mais la douleur est Ă©norme, surtout la nuit. Donc, je me suis dit que c’était une trĂšs bonne excuse, presque une bonne raison pour ne pas faire une pause maintenant. Je suis un bas rĂ©pondeur aux molĂ©cules comme l’acĂ©taminophĂšne d’un cĂŽtĂ© et le cannabis me relaxe alors que le choix est simple. Ce n’est pas le bon moment pour faire une pause cannabis.

Par contre, c’est le temps de la pause cafĂ©. 

Quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

OK. Avant de reprendre le fil de mon raisonnement, j’aimerais simplement citer une Ă©vidence qui permet de relativiser non pas mon questionnement, mais la dangerositĂ© du cannabis, bien que je n’aime pas ça en gĂ©nĂ©ral. La semaine passĂ©e, une Ă©tude publiĂ©e par The Lancet, LA rĂ©fĂ©rence dans le genre, donc The Lancet Ă  publier une Ă©tude reprise par tous les grands mĂ©dias mondiaux et mĂȘme La Presse qui conclue 44,4 % des dĂ©cĂšs par cancer dans le monde Ă©tait attribuables Ă  un facteur de risque connu, soit la consommation de tabac et d’alcool.

Donc je disais quoi? Ah oui, je parlais de la dislocation de mon Ă©paule. Donc, est-ce le temps d’une freeset?

Mais si le cannabis est une substance anodine, pourquoi à chaque fois que je pense faire une pause, je pense aux effets du sevrage qui l’accompagne? Hein? Pourquoi?

Je suis ici toutes les semaines Ă  vous parler de cannabis et je me cacherais le fait que je pourrais ĂȘtre dĂ©pendant, car je redoute, sans les craindre, les effets du sevrage?

Ben oui, si le pot n’est pas une drogue comme je lis tous les jours sur les rĂ©seaux sociaux, pourquoi vais-je vivre des effets physiques dĂ©plaisants? Si le pot est un mĂ©dicament, c’est que je soumets mon SEC Ă  un stress qui pourrait le rendre moins performant quand j’en aurai besoin? 

Je me suis dit que c’était une piste intĂ©ressante, car elle me force a rĂ©flĂ©chir Ă  contrecourant. 

Je vous donne un autre exemple


Hey merci MJ!

Je me questionne aussi sur le fait que le CBD ne serait pas une drogue de performance
 Si tous les athlĂštes en consomment, c’est qu’ils y trouvent un avantage. Et cela nous amĂšne Ă  discuter de la dĂ©finition du mot psychotropique versus psychoactif. L’amplification versus la lubrification
 Est-ce que le psychoactif impliquerait seulement qu’une substance puisse traverser la barriĂšre Ă©rigĂ©e entre le systĂšme sanguin et le cerveau, la barriĂšre hĂ©matoencĂ©phalique? Est-ce qu’une substance psychotropique en est une qui affecte l’état mental de l’utilisateur? Mais si le CBD procure un mieux-ĂȘtre qui affecte mon Ă©tat mental? Vous voyez le genre. Mais c’est aussi une saga pour une autre fois.

Pour amorcer ma rĂ©flexion sur le sujet du jour, j’ai commencĂ© par me poser la question incontournable
 Que se passe-t-il quand on arrĂȘte le cannabis? Quels sont les effets de ce sevrage? Car, je ne connais personne qui n’a pas vĂ©cus des effets rĂ©els occasionnĂ©s par l’arrĂȘt de la consommation du cannabis.

Et cela nous recherche Ă  une grande question existentielle :

Est-ce que le cannabis crĂ©e une dĂ©pendance? 

Car si le cannabis crée une dépendance, cela change beaucoup de choses


Pour rĂ©pondre Ă  cette question, on doit d’abord dĂ©crire ce qu’est une dĂ©pendance
 

Une dĂ©pendance s’installe parfois de maniĂšre sournoise, Ă  l’insu de nos prĂ©occupations immĂ©diates. Parfois de maniĂšre immĂ©diate et douloureuse. Je pense ici Ă  la dĂ©pendance amoureuse qui peut dĂ©marrer sur un coup de foudre
 Hollywood nous raconte cette histoire depuis l’invention du cinĂ©ma. Le classique du genre est Liaison fatale de Adrian Lyne avec Glenn Close et Michael Douglas. 

Dans le monde des drogues, chaque humain rĂ©agit diffĂ©remment. Je connais du monde qui s’effondre aprĂšs un zopiclon ou un verre de vin. J’en connais d’autres qui ne perdre jamais le nord mĂȘme s’ils ont une pharmacie derriĂšre la cravate.

On peut donc ĂȘtre dĂ©pendant affectivement, dĂ©pendant au tramadol, dĂ©pendant au cafĂ©, au tabac, Ă  l’alcool, au travail, au sucre
 La dĂ©pendance a le dos large. Certains iront jusqu’à dire que le QuĂ©bec vit une dĂ©pendance par rapport au Canada
 Mais c’est une saga pour une autre fois.

Si on s’en tient aux problĂšmes de substances, la dĂ©pendance transforme la consommation occasionnelle en usage puis en abus. La dĂ©pendance, aussi appelĂ©e addiction, finit par controler la vie de l’usager en imposant un fil ininterrompu de pensĂ©es reliĂ©es Ă  la consommation.

Et pour lancer notre conversation Ă  distance, je vais prendre le cafĂ© comme exemple, car il est moins stigmatisĂ© que le cannabis et que l’introspection volontaire est rĂ©ellement facile tellement le cafĂ© est une drogue banalisĂ©e.

Tout le monde boit du cafĂ©. Certains philosophes ont dit qu’il n’y a jamais eu de grandes civilisations sans cafĂ© comme drogue de grande consommation. Pourquoi j’utilise le mot drogue pour parler du cafĂ©? Si vous vous posez la question, c’est que vous n’avez jamais tentĂ© d’arrĂȘter d’en boire. Et si vous avez dĂ©jĂ  tentĂ© de stopper de boire du cafĂ©, vous comprenez exactement ce que je veux dire
 Le cafĂ© peut provoquer de l’insomnie, de l’hypertension, il peut aussi dĂ©shydrater et donner des maux de tĂȘte. Comme le THC qui est prĂ©sent dans plus d’une plante, on retrouve de la cafĂ©ine dans une soixantaine de plantes dont le thĂ© et le cacao sont les plus connus.

Je ne reviendrai pas sur le mĂ©canisme qui fait passer la cafĂ©ine de l’estomac Ă  la circulation sanguine pour ensuite stimuler le systĂšme nerveux central. Certaines personnes peuvent boire du cafĂ© avant de se coucher sans problĂšme. D’autres doivent limitĂ© leur consommation, car le cafĂ© leur donne des brulements d’estomac. VoilĂ  ce que je disais dans l’épisode 5 dĂ©diĂ© au cafĂ© et au cannabis.

Je vous pose une question personnelle : pour bien dormir le soir, vous devez limiter votre consommation Ă  combien de tasses de cafĂ© par jour?

Je vous entends de loin lĂ  : 2, 3, 5, 6 cafĂ©s par jour, ça dĂ©pend pour chacun. Ça dĂ©pend de quoi? Ça dĂ©pend entre autres de votre SNC
 et de ce qui s’appelle la loi de l’effet. La loi de l’effet est un concept trĂšs simple, mais trĂšs puissant qui s’articule en trois temps.

  1. Chaque ĂȘtre humain est une usine diffĂ©rente de celle du voisin ou mĂȘme du frĂšre ou de la sƓur. On peut ĂȘtre haut rĂ©pondeur Ă  telle ou telle molĂ©cule et faible rĂ©pondeur Ă  telle ou telles autres molĂ©cules. Moi je suis haut rĂ©pondeur au cafĂ© et bas rĂ©pondeur Ă  l’acĂ©taminophĂšne. 
  2. La substance consommĂ©e n’est jamais la mĂȘme dans le cas des drogues rĂ©crĂ©atives. 
  3. TroisiĂšme et dernier Ă©lĂ©ment de la loi de l’effet, le contexte. Boire du champagne quand on est triste ne provoque pas les mĂȘmes effets qu’aprĂšs avoir gagnĂ© la Coupe Stanley
 

Voici ce que je disais dans l’épisode 5 Ă  propos du café 


 faut que je vous raconte l’histoire de Floyd Landis. Landis est un producteur de CBD aux États-Unis. Mais avant ça, c’était un coureur cycliste. Toujours dans la drogue. Le champion Lance Armstrong l’avait repĂ©rĂ© et voulait l’avoir comme Ă©quipier. Alors Armstrong donne rendez-vous Ă  Landis dans un cafĂ© Ă  GĂ©rone en Espagne. Quand Armstrong arrive, Landis est dĂ©jĂ  assis Ă  la terrasse et boit un cappucino. Il en offre un Ă  Armstrong. Et un deuxiĂšme. Et un troisiĂšme. Armstrong lui demande alors : «Heille gars, ça fait combien que tu bois?»

28 rĂ©pond Landis. 

28 cappucinos juste pour commencer la journée


Je vous raconte cette histoire pour illustrer plusieurs Ă©lĂ©ments diffĂ©rents. Les Ă©lĂ©ments de ce que la science appelle la loi de l’effet

Landis est l’exemple parfait du problĂšme d’accoutumance ou la dose doit ĂȘtre augmentĂ©e sans cesse pour maintenir le niveau et la qualitĂ© de l’effet. C’est bon pour le cafĂ©, mais aussi pour les amphĂ©tamines par exemple, la drogue des ploucs en cyclisme.

OK, luc, mais c’est quoi les symptĂŽmes gĂ©nĂ©riques de la dĂ©pendance? Ça tombe bien, je les ai recensĂ©s.

Les symptĂŽmes gĂ©nĂ©riques de la dĂ©pendance sont les suivants :

  • Tremblements
  • Transpiration excessive
  • IrritabilitĂ©
  • Concentration difficile
  • Troubles du transit 
  • Sommeil troublĂ©
  • AnxiĂ©tĂ© 
  • Attaques de panique
  • Maux de tĂȘte
  • Vertiges
  • Douleurs physiques
  • Fatigue
  • Hallucinations


Ça ressemble aux symptĂŽmes de sevrage du café  sauf pour les hallucinations.

Pouvant survenir 12 heures aprĂšs la derniĂšre ingestion, ces symptĂŽmes dureront entre 2 et 10 jours selon les individus et les habitudes de consommation.

La recherche Caffeine Withdrawal publiĂ©e en avril 2022 rĂ©sume bien la situation
 et lĂ  c’est plus ou moins texto


La cafĂ©ine est un stimulant du systĂšme nerveux central (SNC) de la classe des mĂ©thylxanthines et l’une des drogues les plus utilisĂ©es dans le monde. La cafĂ©ine est lĂ©gale, pas cher et non rĂšglementĂ©e dans presque toutes les rĂ©gions du monde. De multiples Ă©tudes ont dĂ©montrĂ© que le syndrome de sevrage Ă  la cafĂ©ine est une entitĂ© cliniquement pertinente et qu’il est inclus dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e Ă©dition; DSM-5; American Psychiatric Association, 2013).

Les mĂ©decins travaillant dans les services d’urgence (ED) et Ă  l’hĂŽpital doivent connaitre ce syndrome lorsqu’ils rencontrent des patients prĂ©sentant des symptĂŽmes pertinents, car ils se superposent Ă  des symptĂŽmes tels que l’anxiĂ©tĂ©, la dĂ©pression, les troubles de l’humeur, l’insomnie. Ils peuvent Ă©galement ĂȘtre Ă  l’origine de signes vitaux anormaux, comme la tachycardie, l’augmentation de la frĂ©quence respiratoire et une pression artĂ©rielle basse ou Ă©levĂ©e, et Ă  ce titre, ils peuvent prĂ©senter un dĂ©fi diagnostique et/ou ĂȘtre Ă  l’origine d’un bilan inutile aux urgences.

Maintenant que nous avons un terrain commun, grùce au café, pour comprendre la base du concept de dépendance, on peut regarder comment la dépendance et le sevrage du cannabis opÚrent


Quels sont les signes de la dépendance au cannabis avant de voir les symptÎmes du sevrage?

Est-ce que tu passes tes journĂ©es Ă  penser Ă  ta consommation et tes achats de produit? Ça commence mal
 Quand la vie quotidienne est centrĂ©e autour de la consommation, il y a une perte Ă©vidente de qualitĂ© de vie et d’autonomie. Qu’il s’agisse d’hĂ©roĂŻne ou de cannabis
 La France a dĂ©jĂ  eu un immense ministre de la Culture qui Ă©tait un consommateur fonctionnel d’opium. Alors oui, on peut consommer des substances tout en Ă©tant fonctionnel. Mais un consommateur peut ĂȘtre fonctionnel et en Ă©tat de dĂ©pendance face au cannabis ou Ă  l’hĂ©roĂŻne.

La traitrise des substances provient de leur accaparement progressif, mais sournois de l’espace mental
 

Il y a plein de gens, la majoritĂ© peut-ĂȘtre, qui ne dĂ©velopperont jamais de problĂšmes d’accoutumance lourds au cannabis. Par contre, c’est officiel, le cannabis fait maintenant partie du fameux DSM-5, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. En français, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

La plus rĂ©cente version combine les diagnostics d’abus et de dĂ©pendance Ă  un nouveau et unique trouble d’utilisation d’une substance.

Dans les CritĂšres diagnostiques du trouble d’utilisation du cannabis, une utilisation problĂ©matique du cannabis est rĂ©vĂ©lĂ©e par l’apparition d’un minimum de 2 des 11 critĂšres suivants sur une pĂ©riode de 12 mois.

Le DSM-5 propose des niveaux de sĂ©vĂ©ritĂ©. 

La prĂ©sence de 2-3 symptĂŽmes indique une sĂ©vĂ©ritĂ© lĂ©gĂšre.

4—5 symptĂŽmes? SĂ©vĂ©ritĂ© modĂ©rĂ©e

6 symptÎmes ou plus? On tombe dans la sévérité sévÚre.

Voici donc ces critĂšres du DSM-5 pour reconnaitre une consommation de cannabis qui relĂšve de la dĂ©pendance : 

  1. Augmenter la consommation en quantité et fréquence
  2. Tenter de diminuer ou de controler la consommation du cannabis
  3. Consacrer de plus en plus de temps à l’obtention et à la consommation
  4. Penser à sa consommation de plus en plus fréquemment
  5. Manquer Ă  ses obligations pour consommer ou Ă  cause de la consommation
  6. Ne pas stopper sa consommation pour rectifier l’apparition de problĂšmes causĂ©s par cette derniĂšre
  7. Réduire ses activités sociales et autres pour consommer
  8. Consommer Ă  des moments de risques physiques
  9. Consommer en dĂ©pit d’ĂȘtre conscient des problĂšmes causĂ©s par le cannabis
  10. Tolérer de plus en plus le cannabis
  11. Vivre un sevrage sévÚre ou consommer pour éviter le sevrage.

En complément, le DSM-5 propose des critÚres et des symptÎmes nouveaux pour le sevrage du cannabis.

 CritĂšre 1 Il faut arrĂȘter de consommer aprĂšs une utilisation quotidienne sur plusieurs mois

CritĂšre 2 Il faut, aprĂšs une semaine sans consommation, oui justes 7 petits jours, faire l’expĂ©rience de 3 ou plus des Ă©tats suivant :

  • IrritabilitĂ©, agressivitĂ© ou colĂšre
  • NervositĂ© ou anxiĂ©tĂ©
  • Trouble du sommeil
  • Diminution de l’appĂ©tit ou perte de poids
  • Agitation
  • Humeur dĂ©pressive
  • Une gĂȘne physique rĂ©elle causĂ©e par l’un des facteurs suivants : douleur abdominale, tremblements, sueurs, fiĂšvre, frissons ou maux de tĂȘte

Le DSM-5 propose ensuite un critÚre sur les effets du sevrage que nous venons de voir. Si le sevrage crée globalement de la détresse ou une modification des comportements sociaux et professionnels, il y a un problÚme. Merci DSM-5!

Le DSM-5 propose Ă©galement de vĂ©rifier que les signes, les symptĂŽmes, que nous venons de dĂ©tailler ne sont pas causĂ©s par une condition mĂ©dicale ou mentale diffĂ©rente. C’est gentil. 😉

Finalement le DSM-5 nous informe que la majoritĂ© des symptĂŽmes apparaissent rapidement, soit entre un et trois jours aprĂšs l’arrĂȘt de la consommation. Les symptĂŽmes culminent dans la premiĂšre semaine, mais peuvent durer jusqu’à deux semaines. Les troubles de sommeil? Ça peut prendre un mois


Ne reculant devant aucun sacrifice, j’ai regardĂ© sur YouTube des tonnes de vidĂ©os ou l’on explique les difficultĂ©s pour stopper l’usage du cannabis. Tous reprennent les symptĂŽmes que je vous ai dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©s. Beaucoup de ces vidĂ©os m’ont aussi parlĂ© de Dieu qui Ă©tait lĂ  pour m’épauler dans mes choix d’abstinence. Je remercie aussi tous ces Dieux-lĂ ! Ce que je retiens de ces vidĂ©os, c’est qu’il y a beaucoup plus de gens qui ont des problĂšmes de consommation que je le croyais. Les tĂ©moignages sur les difficultĂ©s pour arrĂȘter sont parfois trĂšs Ă©mouvants.

Il est important de dire que le DSM-5 ne fait pas l’unanimitĂ©. On accuse ses auteurs de vouloir transformer en besoin de soins, des Ă©tats humains normaux. Tous les symptĂŽmes que nous avons vus prĂ©cĂ©demment peuvent exister chez une personne en bonne santĂ© physique et mentale.

Alors la question qui s’est ensuite imposĂ© Ă  mon esprit est la suivante :

Quel est le % de la population qui va dĂ©velopper des problĂšmes de consommations? 

Il y a peu de chiffres. J’ai trouvĂ© une recherche publiĂ©e en 2015 par le National Institute on Drug Abuse, le NIDA, qui affirmait alors que 30 % des consommateurs de cannabis vont dĂ©velopper un problĂšme d’utilisation. La recherche conclut que l’augmentation de la prĂ©valence des troubles liĂ©s Ă  la consommation de marijuana est due Ă  une augmentation de la prĂ©valence des consommateurs dans la population adulte amĂ©ricaine et non pas Ă  une augmentation du risque. Donc selon cette Ă©tude, un consommateur de cannabis sur 3 va dĂ©velopper des problĂšmes de consommation. Si on accepte ce %, cela veut dire que 70 % des consommateurs n’auront jamais aucun problĂšme de dĂ©pendance au cannabis. C’est une bonne nouvelle, je crois. MĂȘme si je ne crois pas trop au chiffre de 30 %. Si vous connaissez des chercheurs qui ont des chiffres pour le QuĂ©bec ou le Canada, faite-moi signe. Il est clair que je prĂ©fĂšrerais faire parler un spĂ©cialiste. Si vous ĂȘtes un spĂ©cialiste et que je dis des bĂȘtises, vous avez l’obligation morale de m’appeler pour me corriger. Luc PrĂ©vost. 450. 552.35.05.

J’ai Ă©tĂ© chanceux de dĂ©couvrir une Ă©tude de 2007 dans laquelle le mĂȘme NIDA affirmait que seulement 9 % des consommateurs qui allaient dĂ©velopper un problĂšme de consommation de cannabis. En quelques annĂ©es, le profil des consommateurs Ă  risque serait donc passĂ© de 9 % Ă  30 %
 Je n’ai pas d’explication. J’ai bien sur une OVNI, une opinion vulgaire non informĂ©e sur le sujet, mais elle est trop ridicule pour que je la partage


Alors, sait-on pourquoi certaines personnes vont devenir dĂ©pendantes et d’autres pas? Moi, je ne sais pas. Et je n’ai pas trouvĂ© d’explications scientifiques rĂ©centes assez substantielles pour les partager. 

Par contre, je peux vous parle de Rat Park. C’est le nom d’une expĂ©rience du chercheur Bruce Alexander qui date dĂ©jĂ  des annĂ©es 70. À l’époque on savait dĂ©jĂ  que des rats isolĂ©s seuls dans une cage avec deux bouteilles de liquides, une remplie d’eau pure et l’autre remplie d’eau coupĂ©e avec de la cocaĂŻne ou de l’hĂ©roĂŻne, et bien ces rats allaient boire de l’eau coupĂ©e avec de la drogue jusqu’a une overdose mortelle. Alexander Ă  osĂ© penser, Ă  l’extĂ©rieur de la cage si je peux me permettre. Le chercher a osĂ© se demander s’il s’agissait d’un problĂšme de rat ou d’environnement. Son expĂ©rience Ă©tait simple Ă  rĂ©aliser
 Il a repris les mĂȘmes deux bouteilles, mais il les a disposĂ©es dans un parc Ă  rat, comme un skate park, oĂč les rats pouvaient jouer, socialiser et baiser. Le rĂ©sultat final? Les habitants du parc Ă  rat prĂ©fĂ©raient l’eau plate. Les rats qui prenaient de la drogue dans la deuxiĂšme bouteille le faisaient par intermittence, sans compulsion et sans surdose. 

Je connaissais l’existence de cette Ă©tude depuis plusieurs annĂ©es, mais c’est aussi la premiĂšre fois que je lisais dans ma recherche pour l’épisode que d’autres chercheurs ont tentĂ© de reproduire l’expĂ©rience d’Alexander sans succĂšs. Cela ne veut pas dire qu’elle est mauvaise. Cela veut dire qu’il y a des doutes.

L’augmentation supposĂ©e des niveaux de THC depuis les annĂ©es 70 est souvent avancĂ©e comme raison des problĂšmes d’accoutumance. J’avoue ne pas trop y croire, mais je ne vous demande de me croire. 

On sait que les enfants de parents alcooliques peuvent avoir une prĂ©disposition gĂ©nĂ©tique pour l’alcool. Une Ă©tude de 2020 soutient que l’usage problĂ©matique du cannabis pourrait avoir une composante gĂ©nĂ©tique similaire. Du coup, il serait possible de faire une une distinction entre la responsabilitĂ© gĂ©nĂ©tique dans l’usage inappropriĂ© du cannabis versus le trouble de l’usage du cannabis qui serait de la responsabilitĂ© de l’individu. Il est Ă©vident que les enfants de parents alcooliques ont des tonnes d’autres bonnes raisons pour vivre un dĂ©rĂšglement de leur pilote automatique dans la vie. Tout comme l’obĂ©sitĂ© est un phĂ©nomĂšne contagieux, une enfance pas normale a de fortes chances de venir nous embĂȘter aux dĂ©tours de nos consommations et autres excĂšs. AprĂšs tout, la santĂ© mentale est aussi importante que la santĂ© physique pour Ă©voluer sereinement dans son environnement.

Je ne ferai pas le tour des traitements disponibles pour les gens qui voudraient arrĂȘter de consommer. J’ai envie de dire
 Faites vos recherches et consultez! Mais en gros, j’ai trouvĂ© 3 grands types de thĂ©rapie.

  1. Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
  2. Gestion des imprévus par la récompense
  3. La thĂ©rapie d’amĂ©lioration de la motivation 

Une thérapie ne vous amuse pas?

Vous avez trois solutions de type volontaristes.

  1. Vous pouvez changer votre environnement social 
  2. Vous pouvez vous concentrer sur vos raisons spĂ©cifiques pour arrĂȘter de consommer 
  3. Vous pouvez trouver des nouveaux passetemps.

J’imagine que votre mĂ©decin pourrait aussi vous prescrire un assommoir chimique pour vous calmer le pompon pendant que vous dĂ©crochez de votre dĂ©pendance. Le problĂšme de cette solution est que vous risquez de devenir accro Ă  une substance plus dangereuse que le cannabis


On a vu ce que le corps peut subir comme stress ou symptĂŽmes quand on arrĂȘte de consommer du cannabis. Mais que se passe-t-il au niveau du SEC? Ça tombe bien, il y a une recherche de 2012, ce n’est pas la seule Ă©videmment, qui a trouvĂ© ceci et la je cite texto :

La consommation chronique de cannabis peut entraĂźner une dĂ©pendance. Des Ă©tudes sur les rongeurs montrent une rĂ©gulation rĂ©versible Ă  la baisse des rĂ©cepteurs cannabinoĂŻdes CB1 (rĂ©cepteurs cannabinoĂŻdes de type 1) du cerveau aprĂšs une exposition chronique au cannabis. Cependant, on ne sait pas si cette rĂ©gulation se produit chez les humains qui fument du cannabis de façon chronique.

Cette recherche a donc dĂ©montrĂ© qu’aprĂšs 4 semaines d’abstinence, la densitĂ© des rĂ©cepteurs CB1 est revenue Ă  la normale. Vue nĂ©gativement ou dans une perspective du contrĂŽle des mĂ©faits du cannabis comme dirait le lĂ©gislateur quĂ©bĂ©cois, la rĂ©gulation nĂ©gative des rĂ©cepteurs cannabinoĂŻdes CB1 corticaux en tant que neuroadaptation pourrait favoriser la dĂ©pendance au cannabis dans le cerveau humain. Autrement dit, trop consommer stresse le SEC et crĂ©e une dĂ©pendance.

On sait aussi que le cannabis pour l’humain peut ĂȘtre soit gratifiant soit aversif. Je connais plein de gens qui doivent arrĂȘter de consommer dans la soixantaine, car les effets nĂ©gatifs du cannabis sont devenus exorbitants en comparaison des plaisirs obtenus.

Et lĂ  on retrouve la rĂ©ponse Ă  la question posĂ©e dans cet Ă©pisodique. Que se passe-t-il quand on arrĂȘte le cannabis? Et bien cela peut varier d’un individu Ă  l’autre, car l’expression des rĂ©cepteurs CB1 et CB2 peut diffĂ©rer dans le cerveau de diffĂ©rents sujets. 

C’est comme le cafĂ©. Ou le ritalin. 

Alors, que se passe-t-il quand on arrĂȘte le cannabis?

J’ai lu une belle histoire dans un article sur le cannabis.

Une fois, c’est l’histoire d’un gars qui trouve que sa consommation d’alcool devient problĂ©matique. Ok. Il arrĂȘte de boire et commence a fumer du cannabis. Le gars rĂ©alise qu’il est super bon pour ses enfants quand il a un peu consommĂ© avant de mettre sa casquette de papa. Tout est devenu plus facile, mĂȘme de transporter ses enfants au soccer. Et que se passe-t-il quand il doit faire ces taches Ă  jeun? S’occuper de ses enfants devient plus lourd et pas drĂŽle


Il n’existe aucune drogue sans effets nĂ©gatifs. Aucune. On sait que le syndrome de la bouche sĂšche est un effet secondaire connu qui serait dĂ» Ă  l’activation des rĂ©cepteurs CB1 par le THC tandis que simultanĂ©ment le CBD s’y oppose, avec une puissance similaire. 

C’est un effet secondaire qui se remarque facilement. Il est impossible qu’il n’y ait pas d’autres effets secondaires plus discrets. Si notre SEC existe pour rĂ©guler le corps par homĂ©ostasie, on peut penser que chaque bouffĂ©e de fumĂ©e ou chaque mangeable de cannabis ingurgitĂ© vient noyer notre SEC dans un dĂ©luge supplĂ©mentaire de molĂ©cules exogĂšnes, qui ne proviennent donc pas naturellement de notre corps. 

Je prends le sang comme exemple. Chaque humain a une quantitĂ© X dans son corps. Je connais des gens qui vont en Suisse pour le faire changer. Cela permet d’éviter de faire une longue cure de dĂ©sintoxication de cocaĂŻne par exemple. Mais je ne connais personne qui va tenter d’augmenter son volume total de sang.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine. 

On se ramasse!

Que se passe-t-il quand on arrĂȘte le cannabis?

La majoritĂ© des gens semble sortir d’un Ă©tat qui ressemble Ă  une intoxication.

Du latin classique toxicum, «poison». Comme dans le mot toxine.

Je ne suis pas sur que le mot intoxication soit le bon.

Mon dictionnaire me dit qu’une intoxication est l’Effet nocif d’une substance toxique sur l’organisme ainsi que l’ensemble des troubles qui en rĂ©sultent.

Le corps humain ne fabrique pas d’alcool. VoilĂ  la diffĂ©rence. L’humain Ă  un SEC. Pas une distillerie.

Mais mĂȘme s’il n’y a pas d’intoxication, on pourrait parler d’un surplus, disons, il est clair que la plupart des humains qui cessent de consommer vont vivre un sevrage et des problĂšmes biopsychosociaux. 

Le prix Ă  payer va diffĂ©rer pour chaque individu. 

Personnellement, en fumant, j’ai appris que je dois renoncer Ă  me rappeler de mes rĂȘves. C’est un prix qui parait ridicule. Mais les rĂȘves ont une fonction. Cette fonction est-elle moins importante dans l’histoire de l’humanitĂ© que la dĂ©couverte du cannabis? Je ne sais pas, mais j’en rĂȘve
 quand je suis rĂ©veillĂ©.

Et voila, c’était le XXe Ă©pisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hĂ©sitez pas Ă  m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre Ă©coute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienĂȘtre. 

Et bon chanvre!