Pourquoi
pas!
À bas les tabous…

Bon Stock est un média qui s’intéresse à tous les aspects de la science, de l’industrie et de la consommation du cannabis. Il n’y a pas de sujet tabou… Même si oser penser stopper sa consommation est mal perçu dans certains milieux, Bon Stock croit utile d’aborder ce sujet. Pourquoi? La légalisation de 2018 a transformé le Canada en laboratoire à ciel ouvert. Le mot terpène que personne ne connaissait est maintenant présent sur des emballages. Cette libéralisation de la parole n’est pas à sens unique. Le cannabis provoque aussi son lot de souffrances. Jamais on n’a vu autant de gens se plaindre ouvertement de leur problème de consommation. Bon Stock ne juge pas. Arrêter de consommer du cannabis? Un geste à comprendre et à respecter. Bon Stock recoit Mélanie Forget et Keaven Roberge pour discuter de leur parcours.

Mélanie

Depuis 6 mois demain!

Je m’appelle Mélanie, j’ai 37 ans, conjointe, mère de deux enfants, je suis aussi une dépendante en rétablissement.
J’ai  été modératrice sur Spotted SQDC pendant plusieurs années.

Keaven

Depuis 1257 jours!

Bonjour,

Mon nom est Keaven. J’anime un groupe facebook sur la dépendance. J’ai aussi une pratique privée Aidant De Nature.

Briquet Zippo

Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter de consommer du cannabis?

Mélanie

Ouf! C’est beaucoup de réflexions sur mes habitudes de consommation.   Ça faisait déjà un moment que je flirtais avec l’idée d’arrêter. J’avais rejoint les groupes de NA, j’ai acheté le livre des Alcooliques Anonymes, j’écoutais des podcasts sur le rétablissement… Dans ma tête, je savais que je devais arrêter; je ne savais juste pas quand j’allais le faire… pour de bon!
Dans mes 7 grosses années de consommations quotidiennes, j’ai dû faire des «’tolerance break» des dizaines de fois… mais c’était pour mieux recommencer, chaque fois.

Keaven

  • Plusieurs raisons, entre autres le désir de réduire l’anxiété et la paranoïa que me donnait la substance de plus en plus.
  • Également, retrouver plus d’estime en réalisant quelque chose que je croyais impossible.
  • Mais aussi dans le but de réussir à arrêter de fumer la cigarette.

    Quels étaient les effets négatifs de la consommation de cannabis sur votre vie?

    Mélanie

    Je commençais à avoir beaucoup de pertes de mémoire, à chercher mes mots lorsque je discutais avec mes clients. Je ne me souvenais plus aussi bien des discussions que j’avais avec mon conjoint ou mes enfants. Lorsque je n’avais pas consommé, j’étais très impatiente.

    Keaven

    • De plus en plus de stress, d’anxiété, de paranoïa.
    • De gros «down» également, qui nuisait de plus en plus à ma motivation et ma vitalité.
    • Sentiment de brulure et difficulté respiratoire.
    • Pensée obsessionnelle constante.
    • Besoin de devoir aller me «doser» pour me sentir bien.

    Quels ont été les facteurs déclencheurs qui vous ont poussé à arrêter?

    Mélanie

    Quand j’ai consommé le beurre de cannabis qu’une amie m’a offert. J’ai ingéré une trop grande quantité et j’ai fait une crise de panique. Je pensais que j’allais mourir. Et de la drogue, j’en ai fait. Et j’ai abusé beaucoup. Mais cette fois-là, je pensais sincèrement y rester. Je ne sais pas c’était fait avec quoi, si c’était mélangé ou peu importe… J’avais tellement honte que je n’ai pas osé en parler à mon conjoint, qui dormait à ce moment-là. (Il ne le sait toujours pas d’ailleurs…)  Je pourrais en parler des heures, de ce moment-là.
    C’est grâce à ce moment que je suis sobre maintenant.

    Keaven

    Le sentiment de folie associé à l’anxiété et la paranoïa suite à des démêlés avec la justice.

    Comment votre entourage a-t-il influencé votre décision d’arrêter de consommer du cannabis?

    Mélanie

    Personne dans mon entourage ne m’a parlé de mes problèmes de consommation. Probablement parce qu’ils ne savaient pas comment aborder le sujet. Ça reste délicat et on ne sait jamais comment la personne va réagir…
    Quand j’ai décidé d’arrêter, j’en ai parlé ouvertement. Et sur plusieurs plateformes. C’était pour moi, un moyen d’avoir du soutien, des encouragements, de l’aide.
    Je me suis dit que si j’en parlais, j’allais peut-être créer un effet d’entrainement. Quand on aide les autres, on s’aide aussi. C’est égoïste un peu finalement.

    Keaven

    Au moment ou j’ai pris la décision la plupart de mon entourage consommait et comprenais difficilement mon choix. Ils vivaient le deuil de ne plus partager cela avec moi.

    Quels étaient vos objectifs personnels en arrêtant de consommer du cannabis?

    Mélanie

    Aller mieux. Tout simplement. C’est une drogue que j’aime beaucoup. Probablement trop. J’aurais aimé dire; une fois de temps en temps, dans des soirées spécifiques. Mais je sais très bien que, pour moi, c’est problématique. Alors c’est maintenant zéro!
    J’y vais une journée à la fois.
    Je ne suis à l’abri de rien.

    Keaven

    • Arrêter de fumer la cigarette.
    • Adopter un mode de vie plus sain.
    • Prendre soin de ma santé pulmonaire.
    • Me libérer de la dépendance et retrouver un système de récompenses fonctionnelles et naturelles (sentiment de bonheur vs plaisir éphémère)

    Quels ont été les obstacles que vous avez rencontrés en arrêtant de consommer du cannabis?

    Mélanie

    Les deux premiers mois étaient vraiment difficiles. C’est de changer toutes nos habitudes de vie. De gérer les pensées envahissantes. De se changer les idées constamment, de s’occuper. De faire des choses nouvelles pour ne pas penser à consommer. Il faut aussi réapprendre à gérer ses émotions, à jeun. C’est nouveau, ça aussi, après plusieurs années.

    Keaven

    • Faire face aux obsessions de consommer.
    • Apprendre à gérer le stress de manière différente.
    • Apprendre à gérer mes émotions de manière différente (joie, tristesse, peur, colère, surprise, dégout).
    • Apprendre à socialiser de manière différente.
    • Apprendre a avoir du plaisir différemment.

    Comment avez-vous réussi à surmonter ces obstacles?

    Mélanie

    J’ai la chance d’être merveilleusement bien entouré. Ma famille, mes amis, mes collègues de travail. Tout le monde me donnait des trucs, m’encourageait. Ils faisaient même le décompte avec moi de mes jours sans consommer. Ça semble niaiseux, mais quand on voit dans les yeux des autres qu’ils sont heureux de nos réussites, ça donne envie de continuer.

    Keaven

    • Changer mes habitudes de vie de vie.
    • Changer mon entourage.
    • Participer à des fraternités anonymes.
    • Avoir un mentor.
    • Débuter un suivi avec une thérapeute.
    • Énormément d’écriture.
    • Énormément de méditation.
    • Accepter ma personnalité dépendante et ma neuroatypie.

    Quels ont été les bénéfices que vous avez constatés depuis que vous avez arrêté de consommer du cannabis?

    Mélanie

    Financièrement, le budget se porte mieux.   Ma peau est plus belle, mes cheveux sont plus épais, brillants et longs! Mon sommeil est plus réparateur, moins agité. Je fais moins de crises d’anxiété, ma mémoire est de retour!!! Et je peux enfin lire un livre et me souvenir de l’histoire.

    Keaven

    • Estime de soi.
    • Motivation.
    • Diminution du stress.
    • Diminution des risques et des problèmes avec la loi et les autorités.
    • Économie financière.
    • Fin des brulures pulmonaire.
    • Moins souvent malade (rhume, difficultés respiratoires, etc.).
    • Plus de mémoire.
    • Plus en contact avec mes émotions donc plus de bonheur.
    • Plus en relation profonde avec les gens (meilleures qualités de réseau et d’amis).
    • Plus de temps et d’espace pour prendre soin de moi.

    Comment gérez-vous les tentations de rechuter?

    Mélanie

    J’en parle, j’écoute des podcasts sur la sobriété. Je vais dans des meetings. Quand l’envie est vraiment très forte, je vais faire une marche avec mon chien ou je joue avec; il est tellement dans le moment présent que ça m’apaise beaucoup.

    Keaven

    • Je me rappelle d’où je viens.
    • Je me suis spécialisé comme thérapeute en dépendance et j’offre maintenant des thérapies afin de partager mon nouveau mode de vie à des nouveaux qui sont encore dans la souffrance afin de me rappeler ou cela peut mener.
    • Je tisse des relations avec des gens qui ne consomment plus.
    • Je nomme mes obsessions de consommer ouvertement (je dénonce le «petit crosseur»).
    • Je me projette 24 h après une première consommation: ex : si je fume là, comment se dérouleront les 24 prochaines heures.

    Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite arrêter de consommer du cannabis?

    Mélanie

    D’en parler… et d’en parler BEAUCOUP. D’aller chercher de l’aide, de ne pas avoir peur des préjugés. De faire du ménage dans leur vie. Et de s’allier avec des gens qui ont les mêmes croyances et valeurs.

    Keaven

    • Débuter un suivi, faire une thérapie, faire des fraternités anonymes, s’entourer des personnes qui nous inspirent.
    • Continuer, continuer, continuer, et ce même s’il y a des rechutes.
    • Le plus important, briser le tabou, faire preuve d’authenticité, sortir du placard, dire la vérité, BRISER L’ISOLEMENT.
    • Trouver un groupe de soutien et un thérapeute qui comprend et connait la dépendance afin d’être soutenue.
    • Sortir de l’égo et ne pas vouloir réussir à tout prix «par soi-même» SEUL.
    • Accepter l’aide, mais surtout en demander.
    • La bonne nouvelle, c’est que la liberté, le calme intérieur, la paix d’esprit, la motivation et l’énergie sont encore possibles!

    Consommer du cannabis peut participer au bonheur et au mieux-être. L’inverse est tout aussi vrai. Les Québécoises et les Québécois, plus que jamais, ont des choix. Si vous avez fait le choix de stopper votre consommation de cannabis, C’est le début de votre liberté. Bonne route!