La totale

La fumée d’un joint n’est jamais la même… à cause de la façon dont vous le fumez.

Que se passe-t-il dans notre joint quand on consomme du cannabis? La première inhalation (bouffée) contient-elle plus de THC que la dernière? Comment la fumée de joint se transforme au cours de la consommation? La fumée d’un joint est pleine de mystère… Mais une recherche vient éclairer nos interrogations: Inconsistency in the Composition of the Smoke of a Cannabis Cigarette as Smoking Progresses: Results, Mechanism, and Implications

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Les consommateurs de cannabis ont échafaudé plusieurs théories basées sur leur consommation pour expliquer les effets ressentis de la fumée d’un joint. Aujourd’hui la science nous explique exactement ce qui se passe dans notre joint quand on consomme du cannabis.

Le résumé pour les pressés

  • Le mécanisme de transfert des cannabinoïdes et des terpènes de la fleur de cannabis vers la fumée est complexe
  • Ce mécanisme comporte 5 étapes distinctes à l’intérieur du joint
  • La quantité d’ingrédients actifs augmente au fur et à mesure pour chaque inhalation
  • À cause des températures créées par la combustion, les terpènes sont inhalés avant les cannabinoïdes
Machine a fumer du cannabis

Pourquoi est-ce important de comprendre la combustion d’un joint?

Si vous consommez pour des raisons médicales, l’efficacité de votre consommation est déterminée par les ingrédients pharmaceutiques actifs (IPA) contenus dans la fumée du joint de cannabis inhalé. Alors il est important de comprendre que le taux d’IPA est différent au début ou à la fin de votre joint.

Vous consommez pour des raisons non médicales? Cette étude est pertinente, car tout le monde désire comprendre comment obtenir le meilleur effet (buzz) possible. Et à la fin de cet article, vous saurez quel est le meilleur moment pour partager votre joint!

Le joint domine toujours les ventes au Canada!

Depuis les débuts de la légalisation, les chiffres de vente confirment que les utilisateurs de cannabis préfèrent fumer des joints à toute autre forme de consommation. La combustion est le choix #1 des consommateurs partout dans le monde. Grâce aux choix nouveaux offerts par la légalisation canadienne, cette tendance diminue année après année. Entre les huiles, les concentrés, les mangeables, etc., les Canadiens peuvent maintenant expérimenter plusieurs modes de consommation différents. C’est définitivement un des aspects les plus positifs de la Légalisation. Mais la combustion des fleurs sous forme de joints reste la méthode privilégiée par les Canadiens. En Israël, 80 % du cannabis médical est consommé sous forme de joints.

Les segments d'un joint de cannabis

Le but de la recherche?

Les chercheurs voulaient évaluer l’évolution de la composition des ingrédients pharmaceutiques actifs (API) inhalés lors de la consommation d’un joint de cannabis. Partons du principe qu’un joint peut être considéré en portion ou segment.

Cette recherche a atteint 3 buts précis :

  1. Reproduire avec précision les résultats de la combustion de joints en fonction de segments précis.
  2. Mesurer avec rigueur les différents API en fonction du segment consommé. Exemple : il y a plus de THC dans la première bouffée ou dans la dernière bouffée d’un joint?
  3. Trouver une explication logique qui explique les résultats

Une machine à fumer professionnelle!

Pour tester 3 chemovars différents, l’équipe de recherche a utilisé une machine à fumer! Pour les curieuses, tous les détails sont inclus dans la recherche… Le chémovar, parfois appelé chémotype, est une entité chimiquement distincte. Le mot est un télescopage de chemical variety.

Cette machine permet de calculer avec une grande précision la présence ou l’absence des cannabinoïdes et terpènes à chaque segment de la consommation d’un joint. Il est important de rappeler que la température de la combustion décide de tout.

 

Températures d’ébullition de certains cannabinoïdes et terpènes.

Cannabinoïdes

  • CBG : 52 °C
  • THCa : 104 °C
  • CBDa : 120 °C
  • Δ9THC: 157 °C
  • Δ 8THC: 177 °C
  • CBD: 180°C
  • CBN: 185°C
  • THCv: 220°C
  • CBC: 220°C
  • TCH: 450 °C
  • CBD: 450°C

Terpènes

  • A-Pinene: 155°C
  • β-Caryophyllene: 165°C
  • β-Myrcene: 168°C
  • Citronellol: 225°C
  • d-Limonene: 176°C
  • Eucalyptol: 176°C
  • Terpinolene: 185°C
  • Linalool : 198°C
  • Humulene : 198 °C
  • Phytol : 204 °C
  • Caryophyllène oxide : 257 °C

La température de l’extrémité allumée d’un joint?

La température au bout d’un joint allumé varie entre 470 °C et 812 °C. Le premier segment voisin peut atteindre, au minimum, 300 °C. Le segment suivant va varier entre 100 °C et 300 °C et ainsi de suite. La température du reste du joint est inférieure à 100 °C.

Ce bloc ou «front de chaleur» comme disent les spécialistes de la météo, traverse le joint en fonction des inhalations. L’air chauffé par le bout incandescent est inspiré et deviendra plus froid au cours de son déplacement dans le joint. Tous les fumeurs savent que les dernières bouffées sont toujours plus chaudes que les premières.

Constat #1

Les chercheurs ont pu mesurer que «plus la section est éloignée de l’extrémité brulante, moins la décarboxylation est importante, mais dans tous les cas, une certaine décarboxylation a lieu.»

Le flot d'air dans un joint de cannabis allumé

Constat #2

Plus le joint devient court, plus la partie la plus froide raccourcit, ce qui fait qu’il n’y a pas de condensation ou très peu de condensation des terpènes présents.

Les chercheurs affirment que le THC et le CBD s’évaporent avant même d’avoir atteint leur point d’ébullition. À chaque inhalation, les vapeurs de cannabinoïdes se dirigent vers la bouche et refroidissent, car elles s’éloignent de la source de chaleur qui cause l’essentiel de la dégradation de leurs propriétés.

Ces vapeurs, en refroidissant, se transforment en gouttelettes de cannabinoïdes transportés par la succion du fumeur. Certaines gouttelettes sont transportées par la fumée. Les autres gouttelettes restent prisonnières dans une autre section du joint.

Constat #3

Les segments du joint qui sont plus près de la bouche contiennent donc plus de terpènes et de cannabinoïdes. La succion nécessaire pour le transport de la fumée enrichit les segments les plus éloignés de l’extrémité embrasée. Au fur et à mesure que le joint devient plus court, un nouveau cycle recommence, mais avec une diminution de la condensation qui provoque l’enrichissement du joint.

Constat #4

Voici les facteurs qui améliorent la disponibilité des cannabinoïdes et terpènes :

  • Réduire l’intervalle entre les inhalations
  • Augmenter le volume inhalé
  • Allonger la durée de l’inhalation

Ces pratiques sont efficaces, car elles augmentent le transfert des IPA loin de l’extrémité allumée du joint qui les dégrade. Vous «botchez» vos joints? Vous aimez les fumer en plusieurs fois? Vous perdez du bon stock…

Constat #5

Vous fumez pour vous soigner? La distribution des IPA ne sera jamais uniforme. Le danger est clair. Si vous fumez la moitié d’un joint le matin et le reste du joint le soir, votre dose nocturne pourrait être double de celle du matin.

Constat #6

Pour les raisons démontrées par la recherche en fonction de leur point d’ébullition respectif, nous savons que les terpènes sont inhalés avant les cannabinoïdes. Cela met en évidence les avantages du joint sur les huiles dont le processus d’extraction élimine les monoterpènes selon les chercheurs.

Conclusion

La combustion à ses dangers. Nous apprenons à les connaitre. Les vaporisateurs n’existaient pas dans les steppes de la Sibérie où l’on découvre le cannabis il y a des milliers d’années. Nous évoluons au rythme de la science.

Vous fumez avec vos amis en partageant vos joints?

Adopter une posture scientifique en ayant l’air généreux : faites fumer vos amis en premier. Ils vous remercieront et vous serez le plus «buzzé».

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Luc Prévost
Fondateur de Bon Stock et toPot.