L’Enquête canadienne
sur le cannabis revisitée!

Bang! La Loi sur le cannabis entre en vigueur le 17 octobre 2018. Le pot illégal vendu par un pusher devient le cannabis d’un maitre cultivateur proposé par un producteur autorisé à la SQDC ou chez Teedy. Les consommateurs rêvent. Une industrie heureuse d’avoir enfin pignon sur rue s’épanouit sous le soleil de ses lampes DEL. Au centre de ce Big Bang, après un quinquennat d’une politique inédite sur la planète Terre, Santé Canada tente de garder le fort. Comment? Le ministère, depuis 2018, produit une version annuelle de son Enquête canadienne sur le cannabis (ECC). L’enquête mesure l’impact de la légalisation. Les résultats concernent les Canadiens de 16 ans et plus.

ECC 2018-2023 v2

L’Enquête canadienne sur le cannabis

L’Enquête canadienne sur le cannabis nous offre une exploration de données sur la consommation non médicale du cannabis au Canada de 2018 à 2023. Bon Stock regarde ces données avec vous!

Au pas de course, voici les données et faits (pépites ou cocottes d’or) qui ont retenu l’attention de Bon Stock. Forcément, on laisse de côté d’autres perles. Les curieuses ont un lien pour l’enquête. Le document en ligne intitulé Consommation de cannabis à des fins non médicales chez les Canadiens (de 16 ans et plus) est publié par Santé Canada en janvier 2024. Le document est sur le site de Infobase Santé.

Avant même de tomber dans l’enquête, notons qu’en moyenne, les répondants ayant consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois ont mis 25 minutes pour remplir l’ECC de 2023. Ceux n’ayant pas consommé de cannabis ont mis 14 minutes, presque la moitié de moins. On a le droit de s’émerveiller de la présence d’esprit du statisticien qui a proposé de divulguer cette statistique… Un poteux capable de rire de lui-même. Ou l’inverse.

La consommation du Québec est distincte.

Statistiquement, le Québec est vraiment distinct dans sa consommation de cannabis. 26 % des Canadiens interrogés disent, en moyenne, avoir consommé du cannabis comparé à 18 % pour les Québécois. L’enquête regorge de chiffres et nous permet par exemple de connaitre précisément l’âge d’initiation qui recule pour l’ensemble du Canada.

En 2023, la consommation canadienne au cours des 30 derniers jours est toujours plus forte chez les hommes, mais reste stable (19 % en 2018 versus 19 % en 2018). Par contre, la consommation des femmes progresse (11 % en 2018 versus 15 % en 2023).

Quel groupe d’âge consomme le plus?

Qui sont les plus grands consommateurs au quotidien ou presque à tous les jours en 2023? Ce sont les Canadiens de 16 à 19 ans, ceux-là mêmes qui sont exclus du marché légal par le gouvernement du Québec. Leurs parents oseront-ils les approvisionner en stock «propre» de la SQDC? Les sanctions sont dissuasives et dans le contexte procédurier qui est le nôtre en 2024, pourquoi s’exposer à une dénonciation de sa progéniture? Donc, il y a fort à parier que le segment dont la consommation progresse le plus soit obligé de s’approvisionner sur un des marchés noirs…

Seulement 6 % des Canadiens consommeraient du cannabis tous les jours ou presque tous les jours. Les QuébécoisEs? Seulement 4 % des répondants auraient une consommation quotidienne. Il est clair que depuis les débuts de la légalisation, c’est au Québec que l’acceptabilité sociale du cannabis est la plus faible. Et l’âge légal pour boire est plus bas au Québec que dans le ROC.

Méthode de consommation

La fleur consommée par combustion reste la reine, mais son trône est de plus en plus contesté. Les chiffres ne mentent pas. En 2018, 89 % de la consommation était relié à la combustion comparée à 63 % en 2023. Les mangeables? La consommation des produits comestibles est passée de 43 % en 2018 à 55 % en 2023. Peut-être que cette augmentation serait supérieure si Santé Canada n’avait pas interdit certains produits. Bon Stock pense au Jolts d’Organigramm qui poursuit d’ailleurs le gouvernement canadien pour cette interdiction.

Mangeables Edison Jolts

Mangeables Edison Jolts

Tous les vapotages du cannabis (y compris le vapotage de cannabis séché ou d’extraits liquides ou solides de cannabis) demeurent stables depuis les débuts de la légalisation, mais ont diminué entre 2023 (33 %) et 2022 (36 %).

Conduite après avoir consommé du cannabis

Les notes en bas de pages au dossier nous laissent voir comment les questions peuvent évoluer en fonction de la consommation réelle. Ainsi :

La question relative à la conduite après avoir consommé du cannabis a changé entre 2018 et 2019, et est restée la même à partir de 2019 (2020, 2021, 2022 et 2023). En 2018, la question ne portait que sur la conduite dans les deux heures suivant la consommation de cannabis. De 2019 à 2023, deux questions ont été posées : conduite dans les deux heures suivant la consommation de cannabis (fumer ou vapoter) et conduite dans les quatre heures suivant l’ingestion de cannabis. Afin de comparer les réponses de 2018 à celles des autres années, les questions ont été combinées pour déterminer la conduite dans les deux heures suivant l’inhalation de cannabis (fumer ou vapoter) et dans les quatre heures suivant l’ingestion de cannabis. Source

  • Le nombre de répondants ayant conduit un véhicule après avoir consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois a diminué, passant de 27 % en 2018 à 17 % en 2023.
    CONDUIRE SOUS INFLUENCE

    CONDUIRE SOUS INFLUENCE

  • Les hommes, plus que les femmes, conduisent sous influence du cannabis, mais sans différence significative selon l’âge.
  • La majorité des Canadiens affirment que la consommation de cannabis affecte la capacité de conduire.
  • 79 % des consommateurs croient que la conduite sous influence du cannabis nuit à la conduite. 13 % pensent que cela dépend de certains facteurs et 5 % pensent que cela n’a aucun effet.

Connaissances et attitude

Les Canadiens se croient généralement bien informés sur le cannabis. Sept Canadiens sur dix (69 %) estiment avoir suffisamment d’informations fiables sur les risques liés à la consommation de cannabis pour prendre des décisions éclairées pour leur santé. En 2023, 90 % des Canadiens pensaient que la consommation de cannabis pouvait entrainer une dépendance, une augmentation par rapport à 2018. La majorité des Canadiens (87 %) estiment qu’il n’est pas acceptable de consommer du cannabis pendant la grossesse ou l’allaitement. Finalement, 68 % des Canadiens pensent que la consommation quotidienne ou quasi quotidienne de cannabis augmente le risque de problèmes de santé mentale.

Conclusion

Les Canadiens et les Canadiennes semblent capables de nuances dans leur relation avec le cannabis. Voilà une bonne nouvelle. L’Enquête canadienne sur le cannabis a également un volet sur les sources d’approvisionnement. Bon Stock y reviendra bientôt dans un autre article.

Reefer Madness (Descente de la police)

Une des scènes les plus «éducatives» du film Reefer Madness.

Le protocole

L’ECC utilise un protocole de recrutement en 2 étapes. Tout d’abord, les répondants sont recrutés par téléphone (fixe ou mobile) à partir de listes de numéros de téléphone aléatoires.

Les répondants qui avaient bien répondu à un ensemble de questions de sélection ont par la suite reçu un lien menant à un sondage en ligne, par courriel ou par SMS (service de messagerie texte) sur leur téléphone mobile.

Au moment du recrutement, les répondants étaient informés que l’enquête portait sur le cannabis. Cette information peut avoir généré un biais de participation dans la mesure où les personnes qui consomment du cannabis sont plus susceptibles de participer à l’enquête.