Comment réconcilier une hyper surabondance de produits de cannabis sur le marché légal en même temps qu’une augmentation de la production du marché noir? Le capitalisme est fluide…

Les statistiques sont plus facilement disponibles aux États-Unis, même si la légalisation au niveau fédéral est loin d’être complétée. On peut regarder le marché de l’Orégon pour se faire une bonne idée de ce qui va bientôt arriver au Québec et dans le reste du Canada. 

L’article de Bill Weinberg Oregon’s cannabis paradox: legal market depressed; illicit market booms recense des dizaines d’interventions policières sur des cultures illégales industrielles. On parle de dizaines de milliers de plants par raid et de plusieurs tonnes de fleurs saisies.

ÉTAT D’URGENCE

En octobre 2021, le comté de Jackson a effectivement déclaré l’état d’urgence, car la police locale était incapable d’agir efficacement contre cette menace pour la santé publique. Outre les crimes violents, c’est l’utilisation illégale de l’eau qui pose problème, spécialement dans le contexte climatique actuel. Le Cannabis Research Center de l’Université de Californie a constaté que le pic de la demande en eau pour le cannabis coïncide avec la saison sèche. Accessoirement, l’Oregon a seulement quatre employés à temps plein pour traiter les plaintes. Est-ce vraiment raisonnable? 😉

Les autorités craignent une implication de plus en plus grande du crime organisé local et des cartels étrangers. Le média Politico a enquêté dans la région et le sud de l’Orégon compterait maintenant plus de mille opérations illicites. Le Triangle d’émeraude californien a maintenant une solide compétition.

Les cartels arrivent et offrent aux résidents de longue date jusqu’à un million de dollars en espèces pour leur propriété, et les maisons en rondins suivent peu après la conclusion de la vente. Les résidents se sont habitués à entendre parler bulgare, chinois, russe et même hébreu à l’épicerie.

Il ne faut pas oublier les gens d’affaires et les notables de la région qui se font prendre de plus en plus souvent la main dans le sac. Ces transactions impliquent souvent des agents immobiliers pour finaliser les transactions.

CARTELS À GOGO

Pour rendre encore plus difficile le travail des policiers, plus de la moitié des exploitants de chanvre industriel s’amusent à faire pousser du vrai pot. Le directeur de l’Oregon Liquor and Cannabis Commission (OLCC) croit qu’il y a plus de cultures illégales que légales sur son territoire. En fait, les gens qui gèrent les parcelles illégales ont tout simplement arrêté de se cacher pour opérer à découvert. De ces activités illégales menées par des mafias diverses naissent des tensions ethniques qui nuisent au climat social en diminuant le sentiment de sécurité de la population.

Équipe SWAT pour article Bon Stock

L’ironie de la situation n’échappe pas aux observateurs : le pot légal de l’Orégon est vraiment bon marché dans les dispensaires locaux. Le pot illégal, encore moins cher, est vendu dans les États où le cannabis est interdit comme la Pennsylvanie ou dans les États où le prix légal est élevé comme à Chicago.

Pour aider les producteurs légaux, les consommateurs ont maintenant le droit d’acheter deux onces à la fois. Les «mangeables», les produits comestibles, ont vu leur limite de THC augmenter en passant de 50 à 100 milligrammes par paquet.

Le Canada semble avoir des problèmes similaires. Même la SQDC a dû revoir à la baisse sa vampirisation du marché noir suite aux évaluations du ministère de l’économie. Aurons-nous bientôt un portrait plus précis de la progression du marché noir au Canada? On peut le souhaiter. Cela serait surement une mesure qui serait appréciée par l’industrie légale qui cherche encore ses marques près de 4 ans après sa naissance. Les chiffres américains les plus récents montrent aussi que les ventes ont baissé, depuis l’été 2021, pour revenir à leur niveau pré-COVID. Vont-elles continuer de plonger aux États-Unis et au Canada? Si on discute avec les nouveaux détenteurs de licences de Santé Canada, l’optimisme est de mise. Quand on discute avec les producteurs autorisés qui sont dans le marché depuis quelques mois, la réalité de la légalisation pince…