L’industrie légale du cannabis émerge à peine. Et en périphérie, des emplois qui n’existaient pas avant octobre 2018 apparaissent. Comme le job qui consiste à donner son opinion sur les cultivars vendus légalement au Québec.

Bon Stock a discuté avec Mathieu Bochamp.

Quelle est l’histoire de ton parcours avec le cannabis?

Je consomme du cannabis de façon régulière (pas mal tous les jours) depuis l’adolescence. Je ne bois pas d’alcool, les drogues dites « chimiques » m’ont toujours fait peur. Mais avec le cannabis c’est différent, j’ai toujours eu l’impression que ça me faisait du bien. Je suis ce qu’on appelle un fumeur fonctionnel ou « High Fonctionning stoner » depuis plus de vingt ans.

On pourrait dire que, jusqu’en octobre 2018, j’étais un peu le poteux typique. Je vivais, hélas !, un mode de vie qui m’obligeait à vivre dans l’ombre avec la honte, la peur du jugement des autres et surtout de la loi. À cette époque, je n’en connaissais que très peu sur le cannabis. J’avais trop peur de faire des recherches à propos de sujets illégaux sur mon ordinateur personnel.

La légalisation du cannabis a tout simplement changé ma vie. 

C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à m’intéresser au cannabis de façon plus sérieuse. J’ai rapidement dévoré toute l’information disponible à partir des moteurs de recherches traditionnels (google).

Cette démocratisation m’a permis d’ouvrir mes ailes et 4 ans plus tard; je suis passé du statut de vulgaire criminel, un accro, un consommateur de drogue… À celui d’honnête citoyen, d’amateur, de connaisseur.

J’ai toujours cru que la légalisation était une opportunité de taille. Ce genre de changement sociétal n’arrive qu’une seule fois dans une vie. Je ne pouvais faire autrement que de surfer sur la vague.

Tu peux présenter le site Buzz Nation et ton rôle?

BuzzNation.ca est une plateforme numérique francophone ayant pour but de démocratiser, de dé-stigmatiser le cannabis en plus de facilité l’accès au cannabis médical. Le tout; en mettant l’accent sur l’éducation du consommateur et l’accessibilité à du contenu en français. Buzznation.ca est le premier magazine numérique francophone sur le cannabis. Le but étant de devenir la source #1 d’information sur le cannabis au Québec.

De quelle façon? En publiant des articles, des documentaires, des entrevues pertinentes et des critiques de produits de la SQDC.

À la base, je suis créateur de contenu. Mon rôle principal est d’écrire des critiques de produits de la SQDC et médicaux. Mais avec le temps, j’ai commencé à m’impliquer plus au sein de l’organisation. Depuis quelques mois, je m’occupe de publier mes articles et mes critiques de façon autonome. Je m’occupe également de coordonner et alimenter leurs médias sociaux comme Facebook et Twitter, de répondre aux commentaires, etc. Étant donné que les propriétaires de Buzznation.ca tiennent à leur anonymat et préfèrent rester dans l’ombre. J’ai également le rôle de porte-parole pour l’organisation.

L’entrevue de Luc Prévost sur Buzz Nation

Merci à BN!

Quelle est ton approche pour la critique des produits de cannabis?

J’ai commencé en écrivant des critiques de produits de la SQDC sur Reddit SQDC (r/sqdc) juste pour le fun. Du moment où j’ai commencé à être payé pour mon contenu, c’est là où je me suis dit : tant qu’à le faire, aussi bien le faire comme du monde!

Tout d’abord, je trouvais ça important que les consommateurs comprennent bien ce que je veux dire. En ce sens, j’utilise des expressions propres à cette sous-culture, mais tout en ayant un niveau de langage soutenu. Je devais trouver des domaines vers lesquels me tourner pour aller chercher le vocabulaire adéquat.

Je m’inspire un peu du marché anglophone, mais le problème est que certaines expressions ne se traduisent tout simplement pas. Je n’ai pas voulu me frotter à l’industrie du tabac. En étant un ex-fumeur, il est impensable pour moi de me mettre à étudier les différents arômes et parfums reliés au tabac. Je vole passablement au domaine de la gastronomie, il y a plusieurs termes que je peux transposer. Mais il me manquait quelque chose.

C’est en parfumerie que j’ai trouvé les termes et le vocabulaire nécessaire à l’expression de mes idées. Car, à la base, les terpènes sont des huiles essentielles. Qui de mieux placé pour parler de terpènes et les décrire qu’un parfumeur? J’ai donc étudié les différentes familles et facettes olfactives du domaine de la parfumerie. Ce qui m’aide beaucoup dans mes descriptions.

Bouteille parfum dans rue la nuit pour article de Bon Stock

Je me suis également imposé une structure en séparant la critique en 7 catégories. Le but étant de représenter, le mieux possible, les différentes étapes d’une expérience globale de consommation de cannabis. J’essaie de rester concis et de ne pas trop dépasser les 500 mots.

Au final, je travaille fort à personnaliser chacun de mes reviews pour évoquer chez le lecteur une impression unique qui représente le mieux possible chaque produit.

Après avoir gouté à près de 200 cultivars, quel est ton toP 3 et pourquoi?

Seulement 3!!
Pas facile.
Je vais donc y aller avec 3 de mes coups de cœur sans leur donner d’ordre précis.

Animal Face de Carmel Cannabis

Ce cannabis-là est assez fort pour me faire suer de la moustache! Très stimulant.

Tropicanna Cookies de Fuga

Un produit biologique qui sent et goute carrément les agrumes sucrés. Si riche en anthocyane que j’ai l’impression de fumer un cannabis qui est bon pour la santé.

Gelato 33 de Lot 420

Gouteux et efficace, c’est selon moi l’une des meilleures fleurs séchées disponibles sur le marché légal toutes catégories confondues.

Le podium de Bochamp!

Comment perçois-tu l’industrie québécoise du cannabis?

Nous vivons de nouveau l’époque de la grande noirceur. L’industrie va mal, mais ce n’est pas surprenant. Le gouvernement du Québec est pogné avec la légalisation du cannabis et ne fait rien pour encourager l’industrie. Il restera difficile de faire bouger les choses avec un gouvernement paternaliste et populiste qui prend des décisions qui vont à l’encontre de tout entendement tel que mettre l’âge légal de consommation à 21 ans.

Il est difficile pour les producteurs légaux de tirer leur épingle du jeu. Trop de contraintes et à tous les niveaux. J’ai peur que les plus gros joueurs finissent par manger tous les plus petits au détriment du consommateur.

Malgré tout, je garde espoir et j’essaie de m’impliquer pour faire changer les choses.

Après tout, je suis un honnête père de famille, je suis également un homme d’affaires impliqué dans le communautaire. Si je peux servir de modèle pour la communauté (du cannabis), ça sera au moins ça.