Vous avez un plant mère qui vous déçoit? Sa progéniture donne des rendements de THC et de CBD qui décroissent avec le temps? Vous cherchez des explications en modifiant vos procédures de production? Rien ne change? Vous pensez que votre plant souffre du virus latent du houblon, explication logique qui expliquerait la diminution de performance? C’est possible. Mais la raison pourrait être beaucoup plus simple…

Votre plant mère souffre du trouble de personnalité multiple!

L’hypothèse du mosaïcisme génétique

Plus sérieusement, il faut parler de mosaïque ou de mosaïcisme qui décrit la coexistence, dans le même plant, de génotypes différents. L’hypothèse du mosaïcisme génétique (HMG ou GMH en anglais) existe depuis 1995 et postule que des mutations spontanées surviennent aléatoirement.

Le phénomène est étudié depuis plusieurs années sur les arbres et autres vivaces, mais le projet de recherche dirigé par Davoud Torkamaneh de l’Université Laval s’intéresse pour la première fois au mosaïcisme appliqué au Cannabis Sativa L., une plante annuelle.

Pour l’industrie du cannabis, faire pousser un plant à partir d’une graine prend trop de temps. La propagation se fait habituellement à partir de boutures provenant d’un plant mère. Cette méthode permet aussi de sauver de l’espace qui peut être consacré à la culture. 

Quelle région privilégiez-vous quand vous faites des boutures? 

L’utilisation du plant mère constitue la pierre angulaire d’une industrie qui est jugée, une récolte à la fois, sur des résultats de laboratoires. Pas toujours facile. Alors pour y voir clair, l’équipe de Davoud a étudié ce phénomène d’accumulation de mutations somatiques. 

Est-ce que l’hypothèse du mosaïcisme génétique s’applique au cannabis? Pour en avoir le cœur net et pour mesurer le degré de variation dans une même plante, l’équipe de recherche a utilisé des outils bio-informatiques afin de calculer les variants uniques et partagés entre les échantillons. 

Un plant mère de Banana Honey âgé de 18 mois a été échantillonné dans trois régions distinctes : le bas, le milieu et le haut.

Le Banana Honey

Les prélèvements congelés ont ensuite été préparés avec plusieurs appareils de laboratoires classiques avant de faire l’objet d’un séquençage haut débit dans une machine ADN Tru-seq d’Illumina. Les curieuses peuvent consulter les vidéos qui expliquent leur fonctionnement.

Surpris par le résultat initial et science oblige, un deuxième séquençage du génome entier a été effectué en parfaite conformité avec le premier.

Des résultats surprenants

Les résultats de cette recherche pourraient avoir des répercussions profondes pour l’industrie du cannabis, car ils révèlent l’existence de multiples variantes uniques pour chaque échantillon individuel. En d’autres mots, la recherche de Davoud Torkamaneh démontre que les lignées cellulaires divergent dans le même plant mère de Banana Honey. La concordance entre le premier et le deuxième séquençage est de 99,97 %. On peut donc parler de résultats fiables. Très fiables.

C’est la région apicale, la partie du haut, qui présentait le plus grand écart avec 34,5 % de variantes par rapport au génome de référence. Les échantillons de la partie inférieure contenaient 147 000 variants contre 77 000 pour la partie centrale. 

Pourquoi est-ce la partie centrale qui offrait le plus faible écart?

Plusieurs scénarios sont possibles :

  • Facteurs environnementaux (stress lumineux ou thermique)
  • Taille systématique à partir du sommet 
  • Différence entre les plantes vivaces et les plantes annuelles
  • Petite taille de l’échantillon (non représentatif de l’espèce)

Conclusion

Inutile de préciser que d’autres recherches seront nécessaires avant de porter un jugement définitif sur l’hypothèse du mosaïcisme génétique appliquée au cannabis. Mais l’altération des gènes d’un plant mère est minimalement un vrai sujet d’inquiétude. Est-ce que la culture tissulaire fait disparaitre cette préoccupation? C’est une saga pour une autre fois. 

Dans l’immédiat, les malades qui utilisent le cannabis pour se soigner seront les premiers à se soucier d’un changement de qualité à chaque récolte. Leur qualité de vie en dépend. Pour l’industrie, le maintien de cultivars d’élites est d’une importance capitale. Les consommateurs sont poussés naturellement vers la nouveauté en l’absence de productions stables dans l’essentiel de leurs qualités organoleptiques. 

Le travail du chercheur Davoud Torkamaneh démontre que la diversité génétique existe dans un plant mère unique, confirmant ainsi l’hypothèse du mosaïcisme génétique pour le Cannabis Sativa L.

Lien pour lire la recherche originale

Pour l’industrie, cette recherche indique que la préservation génétique à long terme par propagation clonale pose problème. Si, en moyenne, un producteur autorisé utilise 15 % de la surface de ses opérations pour maintenir son parc de plant mères, on peut penser qu’il existe un besoin réel pour des méthodes de propagation plus stables et plus rentables.